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Ma philosophie d’élevage

Les propos qui vont suivre me sont totalement personnels.


Je ne prétends pas détenir une vérité universelle. Mais j’ai toujours eu ce besoin de me poser des questions, de remettre les choses en perspective, d’analyser. C’est d’ailleurs pour ça que j’aime écrire ces articles : poser des mots sur ce que je vis, ce que j’observe, et ce que je comprends ou essaie de comprendre.


Aujourd’hui, nous sommes dans une ère de progression vétérinaire et médicale impressionnante. Les outils de dépistage sont de plus en plus performants, notamment grâce à l’évolution et à la précision des appareils de radiographie, qui permettent aujourd’hui d’affiner considérablement les lectures, en particulier pour les dépistages articulaires comme les hanches et les coudes. Bien sûr, certaines pathologies comme la dysplasie existaient déjà auparavant, mais les outils actuels permettent d’en objectiver davantage, d’en détecter plus finement les formes, et parfois de mettre en évidence des anomalies que l’on ne voyait pas à l’époque. Ce n’est donc pas uniquement que ces problèmes n’existaient pas, mais aussi que nous sommes aujourd’hui capables d’en voir davantage et de les analyser avec beaucoup plus de précision.


Et malgré cette avancée, je suis toujours très surprise de constater à quel point l’exigence de perfection est aujourd’hui devenue la norme.


On voudrait des chiens irréprochables sur tous les dépistages, des tests génétiques parfaits, un caractère idéal, une longévité exemplaire sur plusieurs générations, et tant qu’à faire un chien garanti 15 ans, sans cancer et sans problème de santé à vie. Alors soyons honnêtes deux minutes : si quelqu’un a trouvé cette recette miracle, qu’il me la donne. Vraiment. Parce que malgré tout le travail, toute la sélection et toute la rigueur, il n’existe tout simplement pas de lignée parfaite.


Ce qui me frappe encore plus, c’est la contradiction dans laquelle les éleveurs sont souvent placés. D’un côté, les familles s’interrogent — à juste titre — sur le devenir de nos chiens, sur le fait de savoir si l’on garde tous nos retraités, tous nos chiens, tous ceux qui ne reproduisent pas ou plus. Et de l’autre, ces mêmes attentes s’accompagnent d’une exigence très forte : celle d’avoir des chiens irréprochables sur tous les plans, notamment en matière de santé. Mais alors, comment fait-on ? Parce que travailler avec le vivant, ce n’est pas assembler des pièces parfaites en usine. Ce n’est pas cocher des cases et obtenir un résultat garanti. Et surtout, la perfection n’existe pas.


Aujourd’hui, un éleveur qui replace ses chiens est souvent montré du doigt, jugé, critiqué. Mais si on décidait de ne garder que des chiens parfaits à 100% sur tous les critères pour la reproduction, alors il faudrait replacer énormément de chiens. Est-ce vraiment ça que vous attendez de nous ? Personnellement, je ne le pense pas.


Je le dis clairement : mes chiens font partie de ma famille. Les rares fois où j’ai dû replacer un chien, ce n’était pas pour faire de la place ni pour un critère esthétique ou un résultat de dépistage imparfait. C’était pour une seule raison : le bien-être du chien. Un chien qui ne s’épanouit pas en meute, ou qui devient un facteur de déséquilibre pour les autres, mérite un environnement plus adapté. Mais en dehors de ça, mon choix est simple : je compose avec mes chiens.


Évidemment, je ne parle pas ici de pathologies graves ou incompatibles avec une bonne qualité de vie, pour le chien comme pour sa descendance. Dans ces cas-là, la question ne se pose même pas. Mais pour tout le reste, les petits aléas, les imperfections mesurées, les résultats qui ne sont pas parfaitement idéaux sans pour autant avoir de conséquence lourde, je fais le choix de travailler avec. Parce que pour moi, l’élevage est un travail de génération en génération. On n’est pas dans une logique de “si ce n’est pas parfait, on élimine et on recommence”. Sinon, ce serait totalement déconnecté de la réalité du vivant — et je serais tout bonnement incapable de fonctionner de cette manière. Et, soit dit en passant, il faudrait aussi analyser la santé de toute une fratrie pour réellement évaluer la qualité d’un reproducteur dans un mariage — mais ce sera un autre sujet.


Avec le temps, j’ai aussi appris une chose essentielle : deux chiens "parfaits" ne donnent pas forcément du "parfait". Et parfois, des choses apparaissent là où on ne les attendait pas du tout. Quand on analyse les pédigrées, quand on échange entre éleveurs, on se rend vite compte que certains attribuent les problèmes au côté mère, d’autres au côté père, souvent en fonction des affinités qu’ils ont ou non avec les éleveurs concernés. Et au final, on s’y perd complètement. Parce que la vérité, c’est que la génétique est complexe, qu’on est loin de tout maîtriser, et qu’il y a toujours une part de chance...ou de malchance.


Personnellement, j’ai fait des choix. Celui d'avoir peu de chiens, d’accompagner chacun d’eux au maximum, de réfléchir mes mariages, d’analyser ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas, et d’ajuster en permanence. Je ne referai pas certaines combinaisons, et à l’inverse, je peux aussi choisir de renouveler un même mariage lorsque j’estime qu’il a particulièrement bien fonctionné.


Pour moi, l’élevage n’est pas une quête de perfection, mais d’amélioration. C’est accepter de travailler avec le vivant et sa part d’incertitude, de faire des choix réfléchis et de les assumer, tout en se remettant en question en permanence. Dans cette réflexion globale, de nombreux critères entrent en jeu, mais l’un d’eux reste fondamental à mes yeux : le caractère. Parce que nos chiens partagent notre quotidien, il est essentiel pour moi d’avoir des chiens bien dans leur tête, équilibrés et faciles à vivre.


Je ne critique pas les autres façons de faire. Chacun a sa vision, son expérience, ses limites. Car il ne faut pas oublier non plus que nous, éleveurs, sommes soumis à un cadre, à des règles, et à des réalités très concrètes. Lorsqu’on fait le choix de ne pas multiplier le nombre de chiens, de rester sur une structure à taille raisonnée sans basculer vers un autre fonctionnement, cela implique aussi des décisions. Et parfois, pour continuer à travailler dans ces conditions, un éleveur n’a pas d’autre choix que de replacer certains chiens qu’il estime ne pas être aptes à la reproduction.


Et c’est là que les choses se complexifient, parce que cette notion d’aptitude n’est jamais totalement tranchée. Il n’y a pas simplement les chiens aptes et les chiens inaptes. Il existe toute une zone intermédiaire, des nuances, des cas particuliers, qui demandent réflexion et responsabilité.


Et vous connaissez désormais mon point de vue sur le sujet.

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