Réflexion sur la dysplasie de la hanche
- Johanna Parment
- 10 juil.
- 4 min de lecture
Aujourd’hui, j’avais envie de revenir sur un sujet qui me préoccupe.
Je continue à entendre des discours qui, à mon sens, ne reflètent plus vraiment les connaissances actuelles sur la dysplasie. Et ce qui m’ennuie le plus, ce n’est pas que l’on parle de cette maladie bien au contraire, il faut en parler mais la façon dont elle est parfois présentée aux familles.
J’ai encore le sentiment que certains vétérinaires sont restés sur des idées anciennes et qu’ils transmettent une inquiétude qui n’est pas toujours proportionnée à la réalité. Le même débat existe d’ailleurs, selon moi, autour de certaines recommandations de stérilisation.
La dysplasie de la hanche existe. C’est une vraie maladie. Le Golden Retriever est une race dans laquelle on la surveille de près depuis très longtemps, et c’est précisément pour cette raison que les éleveurs sérieux réalisent des dépistages et sélectionnent leurs reproducteurs avec beaucoup de rigueur.
En revanche, entendre dire à une famille qu’il faut s’inquiéter parce qu’il y a un chien coté B dans le pedigree me dérange profondément.
Un chien coté B est un très bon résultat. D’ailleurs, en Retriever même la reproduction de certains sujets cotés C est possible, à condition de les marier intelligemment avec un partenaire présentant un excellent résultat. La sélection ne consiste pas à éliminer tous les chiens qui ne sont pas A, mais à réfléchir aux meilleurs mariages possibles pour faire progresser une population dans son ensemble.
Il faut également rappeler qu’une lecture officielle de hanches… reste une lecture.
En France, elle repose sur l’interprétation d’un seul lecteur officiel. Ce n’est pas une machine. Ce n’est pas une analyse automatisée. C’est l’avis d’une seule personne à partir d’un cliché radiographique.
Il arrive même que le vétérinaire spécialiste qui réalise les radiographies n’ait pas exactement la même interprétation que le lecteur officiel. Cela ne signifie pas que l’un a raison et l’autre tort ; simplement qu’une lecture radiographique comporte toujours une part d’interprétation.
Dans plusieurs autres pays, les clichés sont d’ailleurs évalués par un panel de vétérinaires afin de confronter les avis et de limiter cette subjectivité.
Autre sujet qui me préoccupe : je vois encore des propositions de dépistages très précoces, parfois vers vingt semaines, avec, dans certains cas, l’idée d’une chirurgie “préventive” sur un chiot (la fameuse symphysiodèse pubienne).
Personnellement, cette approche me met très mal à l’aise.
C’est un peu comme si l’on décidait de poser une prothèse chez un homme à partir de 50 ans simplement parce qu’il pourrait développer un problème de hanche un jour, ou de pratiquer une chirurgie lourde uniquement parce qu’il existe un risque théorique de maladie.
Le vivant ne fonctionne pas ainsi.
Oui, la dysplasie possède une composante génétique indéniable.
Mais son expression est également influencée par l’environnement dans lequel grandit le chiot.
Le surpoids pendant la croissance est un facteur défavorable. Les excès d’exercice aussi. Les efforts inadaptés, les traumatismes importants ou répétés, certaines grosses chutes… tout cela peut influencer le développement des articulations.
À l’inverse, une croissance harmonieuse, un poids bien maîtrisé, une activité adaptée et une bonne musculature permettent souvent au chien de développer son potentiel dans les meilleures conditions.
Et je pense que beaucoup d’éleveurs pourront se reconnaître dans ce que je vais dire : nous avons tous connu des chiots un peu laxes pendant leur croissance qui, quelques mois plus tard, présentaient finalement de très belles hanches au dépistage officiel.
À l’inverse, il arrive aussi que des chiens parfaitement cotés développent d’autres problèmes orthopédiques au cours de leur vie.
Parce qu’une radio de hanches ne résume jamais un chien.
J’ai vu des chiens A vieillir avec beaucoup d’arthrose ou d’autres pathologies locomotrices.
Et j’ai également vu des chiens présentant des hanches imparfaites vivre toute leur vie sans douleur, sans boiterie, avec une excellente musculature et une qualité de vie remarquable. Il n’est d’ailleurs pas rare que cette découverte soit faite complètement par hasard, lors d’une radiographie réalisée pour un tout autre motif, les propriétaires n’ayant jamais remarqué le moindre signe clinique.
Fort heureusement, lorsque de véritables dysplasies importantes arrivent, la médecine vétérinaire dispose aujourd’hui de chirurgies performantes, réalisées par des spécialistes, avec des résultats souvent très satisfaisants.
Personnellement, je suis aujourd’hui bien plus préoccupée par d’autres problématiques : l’augmentation de certains cancers, certaines malformations, des maladies graves qui, elles, peuvent malheureusement bouleverser la vie d’un chien et de sa famille.
Être éleveur est déjà un métier incroyablement difficile.
Il faut composer avec une réglementation toujours plus lourde, avec les contraintes administratives, avec le relationnel compliqué entre éleveurs, avec les attentes des familles, avec toutes les incertitudes du vivant, avec les joies immenses mais aussi les échecs, les remises en question permanentes, les décisions difficiles que nous devons parfois prendre et tout le cœur que nous mettons dans notre travail de sélection.
Alors lorsque les familles repartent de certaines consultations avec des inquiétudes qui, selon moi, ne sont pas toujours justifiées, ou que l’on propose des interventions “au cas où”, j’avoue que cela me décourage profondément.
Je précise évidemment que je ne parle pas de tous les vétérinaires. Heureusement, j’en connais énormément qui travaillent en parfaite intelligence avec les éleveurs, qui connaissent les dernières données scientifiques et qui savent expliquer les choses avec nuance.
Mais ceux qui continuent à présenter certains sujets de façon extrêmement alarmiste rendent notre travail encore plus difficile.
Et c’est bien cela qui m’inquiète.
Parce qu’à force d’accumuler les contraintes, les responsabilités, les critiques, les difficultés administratives, les tensions relationnelles et les remises en question permanentes, il ne faudra pas s’étonner si, dans quelques années, il ne reste plus beaucoup d’éleveurs passionnés.
Il restera peut-être des vendeurs de chiens, parfaitement aux normes, capables de produire des chiots en nombre… mais de moins en moins d’éleveurs prêts à consacrer des années de leur vie à réfléchir à chaque mariage, à suivre chaque famille et à porter, chaque jour, le poids des responsabilités qu’impose le travail avec du vivant.
Et ce serait, à mes yeux, une immense perte.
Parce qu’élever, ce n’est pas seulement produire des chiots.
C’est essayer, avec beaucoup d’humilité, de faire progresser une race, tout en sachant que le vivant gardera toujours une part d’imprévisible.




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