Les chiens et l'eau de mer
- Johanna Parment
- il y a 3 jours
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L’été et les séjours en bord de mer sont souvent l’occasion pour les chiens de découvrir la plage et la baignade. Ils sont alors nombreux à avaler de l’eau de mer, volontairement parce qu’ils ont soif, ou simplement en nageant, en jouant dans les vagues ou en récupérant un jouet dans l’eau.
Certains chiens vont goûter l’eau de mer une fois et ne plus y toucher, tandis que d’autres ont tendance à en boire régulièrement et parfois en quantité importante. Cette ingestion peut rapidement entraîner des troubles digestifs, en particulier une diarrhée très liquide qui apparaît parfois peu de temps après la baignade.
Ce phénomène s’explique principalement par la forte concentration en sels de l’eau de mer, notamment en chlorure de sodium. L’eau de mer contient en moyenne environ 35 grammes de sels par litre, même si cette concentration varie selon les mers et les océans. Lorsqu’une quantité suffisamment importante d’eau salée arrive dans le tube digestif, la forte concentration en solutés modifie les échanges d’eau au niveau intestinal. Par phénomène osmotique, l’eau est retenue dans la lumière intestinale, ce qui augmente fortement la quantité de liquide présente dans les selles et accélère le transit. C’est ce mécanisme qui explique l’apparition parfois très rapide d’une diarrhée aqueuse après une ingestion importante d’eau de mer.
Dans la majorité des cas, lorsque la quantité ingérée reste modérée et que le chien est par ailleurs en bonne santé, ces troubles digestifs sont transitoires. Ils ne doivent cependant pas être totalement banalisés. Une diarrhée importante entraîne une perte d’eau et d’électrolytes et peut favoriser une déshydratation, particulièrement lorsqu’elle survient par temps chaud ou après une activité physique. Le chien qui vient de courir, de jouer ou de nager a justement des besoins hydriques augmentés. L’association de la chaleur, de l’effort et de pertes digestives importantes peut donc rapidement devenir problématique.
Lorsque l’ingestion d’eau de mer est beaucoup plus importante, le risque ne se limite plus à la diarrhée. La quantité de sodium absorbée peut devenir excessive et entraîner une hypernatrémie, c’est-à-dire une augmentation anormale de la concentration de sodium dans le sang. Il s’agit alors d’une situation potentiellement grave. Une faiblesse importante, un abattement inhabituel, des vomissements répétés, une désorientation, des troubles de l’équilibre, des tremblements, des convulsions ou toute modification neurologique après l’ingestion d’une grande quantité d’eau de mer nécessitent une consultation vétérinaire rapide.
Après un épisode de diarrhée aiguë, le retour à un transit parfaitement normal peut également demander un peu de temps. L’accélération importante du transit et les modifications de l’environnement intestinal peuvent perturber temporairement le microbiote digestif. Cet écosystème complexe participe notamment à la digestion, au métabolisme de certains nutriments et au maintien de l’intégrité de la muqueuse intestinale. Après une diarrhée importante, son équilibre peut être momentanément modifié, ce qui explique que les selles puissent rester molles pendant quelque temps alors même que l’épisode le plus aigu est terminé.
Des réactions cutanées ou d’hypersensibilité associées à l’environnement marin ont par ailleurs été décrites, mais elles restent rares et peuvent avoir différentes origines, notamment certains organismes ou substances présents dans l’eau. Il est en revanche scientifiquement inexact de parler d’une véritable « allergie à l’iode » au sens strict. L’iode est un élément indispensable au fonctionnement de l’organisme et ne constitue pas lui-même un allergène. Les réactions observées avec certains produits iodés correspondent à des mécanismes différents et ne signifient pas qu’un animal est allergique à l’iode ou, par extension, à l’eau de mer.
La prévention repose essentiellement sur un principe très simple : permettre au chien de boire régulièrement de l’eau douce lorsqu’il est à la plage. Il est donc conseillé d’avoir systématiquement avec soi une bouteille ou une gourde d’eau ainsi qu’une petite gamelle, notamment lorsqu’une activité physique est prévue. Il faut proposer de l’eau régulièrement et ne pas attendre que le chien soit très assoiffé. Cette précaution ne permet évidemment pas d’éviter totalement l’ingestion d’eau de mer, en particulier chez les chiens qui aiment nager ou jouer dans les vagues, mais elle peut limiter leur tendance à boire directement dans la mer.
Tous les chiens n’ont d’ailleurs pas le même comportement. Certains n’y toucheront pratiquement jamais, d’autres goûteront une fois avant de s’en détourner et certains continueront à boire malgré la salinité. Chez ces derniers, il peut être nécessaire de raccourcir les périodes de baignade, d’interrompre régulièrement les jeux et de proposer fréquemment de l’eau douce afin de limiter la quantité d’eau salée ingérée.
Lorsque la diarrhée est déjà apparue, que le chien reste en bon état général et qu’il ne présente aucun autre symptôme inquiétant, la première mesure consiste à interrompre l’exposition à l’eau de mer, à le laisser au repos et à lui donner accès à de l’eau douce. Il est préférable de lui permettre de boire régulièrement plutôt que de le laisser se déshydrater. Une fois l’épisode digestif aigu passé, l’alimentation peut être reprise progressivement, en privilégiant des repas fractionnés et digestibles. Selon l’intensité et la durée des troubles, un vétérinaire pourra également conseiller une alimentation digestive temporaire ou certains probiotiques destinés à accompagner le retour à un microbiote intestinal équilibré. Les médicaments antidiarrhéiques destinés à l’être humain ne doivent en revanche pas être administrés sans avis vétérinaire.
Il convient enfin de surveiller attentivement l’évolution. Une diarrhée très abondante ou persistante, des vomissements répétés, du sang dans les selles, un refus de boire, une altération de l’état général ou l’apparition de signes neurologiques doivent conduire à consulter. De même, lorsqu’on sait que le chien a bu une quantité importante d’eau de mer, il est préférable de contacter rapidement un vétérinaire, même si les premiers symptômes semblent uniquement digestifs.
Boire quelques gorgées d’eau de mer pendant une baignade est donc généralement sans conséquence grave, mais une ingestion plus importante peut provoquer une diarrhée osmotique particulièrement marquée et, dans les situations les plus sévères, des désordres hydro-électrolytiques potentiellement sérieux. En période estivale, disposer en permanence d’eau douce et la proposer régulièrement au chien reste ainsi le moyen le plus simple de réduire le risque tout en lui permettant de profiter de la plage et de la baignade.




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